Le temps
des sucres :
Imaginez :
vous êtes au printemps, c'est la
"saison des sucres", le moment
de fabriquer le sucre d'érable,
et c'est la fête. On entend parler
et chanter en "joual", on danse
"le sept carré", on boit
d'la bière, on déguste la
"tire"...
"Avril est revenu. L'air s'est
adouci. Même si, hier il a encore
un peu neigé, le printemps se fait
tout proche.
Dans l'érablière Couillard,
l'animation est grande : on est venu courir
les érables en famille, pour la
dernière fois, et aujourd'hui,
c'est le grand jour.
La cabane à sucre, centre du rendez-vous,
vit intensément. Un nuage de vapeur
d'eau l'entoure. Sa cheminée envoie
une fumée blanche qui ajoute une
touche irréelle au décor.
C'est le grand jour : l'eau d'érable
va bouillir.
Depuis la première montée
de la sève d'érable, annonçant
la renaissance d'une nature plus généreuse,
la famille Couillard s'est affairée
dans l'érablière.
Avec
un vilebrequin, on a percé un trou
dans chaque arbre, deux ou trois dans
les plus gros. Chaque trou a reçu
un chalumeau et, à chaque chalumeau,
on a accroché un seau. La sève
montant, chaque érable a produit
son eau qui, s'écoulant par le
chalumeau, s'est déversée
dans le seau.
Alors, plusieurs fois par semaine, Yvon
et René Couillard sont venus courir
les érables. A chaque fin de semaine,
ils sont aidés par toute la famille.
Les hommes vident les seaux, un à
un, dans un grand réservoir perché
sur un traîneau, tiré par
un bulldozer. Yvon se souvient qu'au temps
des parents le traîneau était
tiré par des chevaux. Lucie et
Lynda ont préparé le repas
qui sera servi dans la petite pièce
annexée à la cabane à
sucre. Les enfants font du traîne
sauvage ; Simon a même amené
ses skis et il est parti pour une randonnée
en forêt. Philippe, qui n'a pourtant
que sept ans, conduit le bull.
Quand tous les seaux sont vidés,
on transvase l'eau d'érable du
réservoir, mélangée
à la glace et à la neige,
dans la chaudière de la cabane
à sucre.
L'été
dernier, Yvon et René ont pris
soin de préparer la réserve
de bois. En quelques heures elle sera
utilisée car, aujourd'hui, c'est
le grand jour, c'est la fête : on
va faire bouillir l'eau d'érable.
Dans la semaine, Yvon a constaté
que de la sève commençait
à suinter par les chalumeaux ;
il fallait arrêter la récolte
de l'eau d'érable.
Un nuage de vapeur d'eau entoure la cabane
à sucre. De sa cheminée
s'échappe une fumée blanche.
Le feu de bois a été allumé
de bon matin sous la chaudière
remplie de l'eau d'érable récoltée.
Petit à petit, l'eau bout et la
glace qui l'accompagnait s'évapore.
Petit à petit elle réduit
et après plusieurs manipulations
ingénieuses et quelque peu secrètes,
c'est le sirop d'érable qui coule
à l'avant de la chaudière.
C'est alors que commence la fête.
Lucie
et Lynda ont rempli de neige une longue
caisse en bois. La première once
de sirop y est déversée,
fumante. Chacun, les enfants impatients
en tête, vient déguster la
tire en la roulant autour des palettes
. Tous le monde se sucre le bec et donne
déjà son avis sur la qualité
du sirop de l'année.
C'est la fête : les amis ont rejoint
la famille.
On allume un feu au beau milieu de la
clairière. On s'affaire maintenant
à la préparation du repas
traditionnel : soupe aux pois, fèves
au lard, jambon fumé à l'érable,
tarte au sucre. Les amis ont apporté
des oreilles de crisse et des grands-pères.
Accompagnant le va-et-vient des préparatifs,
Gros Pierre, le violoneux a démarré
un sept carré endiablé.
Immédiatement, René Gagnon
l'accompagne aux cuillères . Nul
doute que, les panses bien remplies, ce
sera le fun de jaser et de danser tard
dans la nuit, animant l'érablière
de chants et de rires à réveiller
définitivement l'hibernation des
ours."
La parlure
du pays :
Le français
au Québec :
La vie au Québec est liée
à la langue française. La
plaque d'immatriculation des voitures
nous le rappellent ; il y est inscrit
: " je me souviens ".

Je me souviens que mes ancêtres
étaient français.
Mais, on ne peut pas aborder le sujet
du français parlé au Québec,
sans parler de la vie culturelle québécoise,
et donc sans parler des artistes québécois.
C'est au Québec que l'on produit
le plus d'artistes au monde.
Avant les années 60, la vie culturelle
était somnolente, les institutions
étant aux mains des prêtes,
et l'expression trop souvent muselée.
Avec ce qu'on a appelé la "
révolution tranquille ", la
création éclate. On assiste
une nouvelle fois à une réaction
à la langue anglaise.
Michel Tremblay, dramaturge québécois
dit : " pour les anglophones, nous
n'étions que les sous-prolétaires
de Montréal, ou les ploucs du Québec
profond ! "
Tout français connaît les
chanteurs québécois qui
ont défendu avec acharnement le
français : Félix Leclerc,
Gilles Vigneault, Claude Léveillée,
Diane Dufresne, Robert Charlebois, et
je ne cite que les plus connus en France.
En fait, si Félix Leclerc reste
le symbole de cette chanson canadienne
francophone, peut-être est-ce Robert
Charlebois qui a le mieux servi la langue
des québécois. En effet,
s'il a montré que l'on pouvait
aussi chanter le rock en français,
en fait il a surtout utilisé la
langue québécoise, à
savoir le " joual ".
Qu'est-ce que le
joual ?
Depuis la création du Québec,
dans les campagnes, les femmes parlaient
le français. Leurs maris, partis
travailler à la ville, parlaient
l'anglais à l'intérieur
de l'usine.
Ainsi, ils rapportaient à la maison
des mots anglais, et le joual est né
de la rencontre de ces deux langues. Mais,
le génie des québécois
a été de franciser les mots
anglais et d'en faire des néologismes
parfaits.
La pièce de Michel Tremblay, "
les belles-sœurs ", qui porte
sur le thème de l'incommunicabilité,
entièrement jouée par des
femmes, est écrite et jouée
en joual. Elle a été le
point de départ de la création
théâtrale en 1968, et actuellement
au Québec, on compte plus de 130
troupes professionnelles de théâtre,
le double de troupes d'amateurs, et plus
de 150 pièces sont jouées
chaque année.
Conséquences
du référendum de 1981 :
Le " non " au référendum
sur l'indépendance en 1980 a été
ressenti par les artistes québécois
comme un suicide collectif, et actuellement
la création a pris une tout autre
direction, comme libérée
de cette mission de défense du
français et du Québec. Comme
le dit Michel Rivard, ex-chanteur du groupe
" Beau Dommage " : " ce
" Pays du fond de moi " que
chante Vigneault, il existe au fond de
nous tous. Mais ça a peut-être
été trop dit… Il faut
laisser les " gens " d'affaires
réaliser pour nous. "
La nouvelle sensibilité des créateurs
est plutôt à l'échelle
des grands courants d'inquiétude
de cette fin de 20ème siècle.
D'ailleurs, Michel Rivard est l'auteur
d'une chanson bien connue : " La
complainte du phoque en Alaska ".
Le rire au Québec
:
L'originalité du Québec
en ce domaine se trouve peut-être
dans la place qui est réservée
au rire. Un journaliste, André
Ducahrme écrit : " les québécois
aiment rire d'eux-mêmes. Sans doute
parce qu'ils ont peur qu'on rit d'eux,
alors ils prennent les devants. "
Chacun a pu découvrir à
plusieurs reprises, à la télévision
française, le comique québécois
Courtemanche. Il nous vient de l'Ecole
d'humour de Montréal, et a été
connu grâce au Festival " Juste
pour rire ", qui se déroule
chaque mois de juillet à Montréal,
et qui rencontre un succès de plus
en plus important, avec une audience désormais
internationale.
Exemple d'expressions
en joual :
Entrons un peu dans le détail de
cette langue savoureuse.
Rares sont les personnes qui n'entendent
pas avec plaisir, l'accent savoureux des
québécois. Il va de paire,
cet accent, avec la forme de ce qu'on
là-bas la " parlure "
du pays. Pour aborder cette " parlure
", je vous propose un petit jeu :
je vous donne le mot en " joual ",
et vous trouvez sa traduction en français
de chez nous.
Faisons tout
d'abord simple :
Un bicycle (un vélo),
Barrer la porte (fermer la porte à
clé),
Un bâton (une batte de base-ball),
Du blé d'Inde (du maïs),
Un char (une auto),
Un débosseleur (un carrossier),
Dispendieux (cher),
Magasiner (faire les courses),
S'arrêter à la lumière
(s'arrêter au feu rouge),
Un maringouin (un moustique),
Une tabagie (un bureau de tabac),
Un traversier (un bac, bateau qui traverse
un fleuve).
Il est intéressant de s'arrêter
sur l'appellation des différentes
boissons. D'une part cela peut servir
dans un restaurant, et d'autre part, les
noms donnés sont souvent à
contre sens de notre français :
une boisson c'est un alcool ; un breuvage
c'est un café ou thé ; un
soda c'est une eau gazeuse ; une liqueur
douce c'est un soda.
Il en va de même pour d'autres expressions
: une buanderie c'est un pressing ; c'est
correct veut dire c'est d'accord ; un
dépanneur est un magasin ouvert
24 heures sur 24, qui dépanne !
être malin c'est être méchant.
Pour ce qui est de l'argent, le Québécois
appelle un dollar, une piastre, et un
cent, un sou.
Faisons maintenant
plus compliqué, passons à
la phrase !
Je vous propose de traduire celle-ci :
"Il était
avec ma blonde, à la brunante.
Ils placotaient tous deux : pour eux c'tait
l'fun. Moi, son chum, j'étais flyé
!"
(Il était avec ma copine, à
la tombée de la nuit. Ils discutaient
tous les deux : ils étaient bien.
Moi, son petit copin, j'étais dingue
!).
Suite de l'histoire :
"Y tasse son
char, ouvre la valise, en sort une couverte,
c'est plate. C'est-y un ratoureux d'profiter
ainsi d'la noirceur!"
(Il gare son auto, ouvre son coffre, en
sort une couverture, c'est ennuyeux. N'est-ce-pas
un malicieux de profiter ainsi de la nuit
!).
Et encore, je ne pouvais y mêler
par écrit l'accent et la vitesse
d'élocution. Si je vous disait
dans une conversation :
"Y fait frète
icitt, j'min va d'icitt, en bicyc', toute
citte" (phonétique).
Ca change tout !
(il fait frais ici, je m'en vais d'ici
en vélo tout de suite)
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